Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/435

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Napoléon se promenait devant sa tente en regardant les feux, écoutant le piétinement, et, en passant devant le haut garde en bonnet à poil qui se tenait en sentinelle près de sa tente et qui se dressait comme un piquet à l’approche de l’empereur, il s’arrêta en face de lui.

— Depuis quand au service ? demanda-t-il de ce ton tendre et familier avec lequel il s’adressait toujours aux soldats.

Le soldat lui répondit.

Ah ! un des vieux ! Avez-vous reçu du riz dans le régiment ?

— Oui, Votre Majesté.

Napoléon secoua la tête et s’éloigna.




À cinq heures et demie, il partit à cheval au village Schévardine. Il commençait à faire clair, le ciel se nettoyait, un seul nuage restait à l’est. Les bûchers abandonnés s’éteignaient à la lumière faible du matin.

À droite, éclata un coup de canon sourd, isolé ; il se perdit dans le silence général. Quelques minutes s’écoulèrent. Un second, un troisième coup éclatèrent. L’air s’ébranlait ; le quatrième, le cinquième coup éclatèrent non loin et solennellement, quelque part, à droite.

Le premier coup n’était pas encore éteint, que