Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/464

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camp n’arrivaient pas jusqu’au cœur de la bataille et transmettaient seulement ce qu’ils avaient entendu dire, et encore parce que, pendant que l’aide de camp parcourait les deux ou trois verstes qui le séparaient de Napoléon, les circonstances changeaient et la nouvelle qu’il portait était déjà erronée. Ainsi, de la part du vice-roi un aide de camp apporta la nouvelle que Borodino était occupé et que le pont de la Kolotcha était aux Français.

L’aide de camp demanda à Napoléon s’il ordonnait aux troupes de passer. Napoléon ordonna de se disposer de l’autre côté et d’attendre. Or, non seulement pendant que Napoléon donnait cet ordre mais au moment même où l’aide de camp quittait Borodino, le pont était déjà repris et brûlé par les Russes, fait auquel assistait Pierre au commencement de la bataille.

En revenant des flèches, l’aide de camp, le visage effrayé et pâle, rapporta à Napoléon que l’attaque était repoussée, Compaing blessé et Davoust tué, tandis que les flèches étaient occupées par une autre partie des troupes, au moment même où l’on avait dit à l’aide de camp que les Français étaient repoussés, et que Davoust n’était que légèrement contusionné.

En se fixant sur de pareils rapports, nécessairement faux, Napoléon donnait des ordres qui étaient déjà remplis ou qui ne pouvaient l’être et ne l’étaient pas.