Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/53

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


plus en plus, en marchant dans la chambre et répétant à Balachov presque les mêmes paroles qu’il avait dites à Alexandre lui-même, à Tilsitt. Tout cela, il l’aurait dû à mon amitié. Ah ! quel beau règne, quel beau règne ! répéta-t-il plusieurs fois, s’arrêtant, tirant sa tabatière d’or de sa poche et prisant avec avidité.

Quel beau règne aurait pu être celui de l’empereur Alexandre !

Dès que Balachov voulait dire quelque chose, Napoléon le regardait avec un air de regret et lui coupait la parole.

— Que pouvait-il désirer et chercher qu’il ne trouvât pas dans mon amitié ? dit-il en haussant les épaules dans un geste d’étonnement. Mais il a préféré s’entourer de mes ennemis et de qui ? Il a appelé des Stein, des Harmfeld, des Benigsen, des Vintzengerode. Stein, c’est un traître chassé de sa patrie ; Harmfeld, un débauché et un intrigant ; Vintzengerode, fugitif de la France ; Benigsen est un peu plus militaire que les autres, mais tout de même incapable. Il n’a rien pu faire en 1807 et devrait exciter en l’empereur Alexandre de terribles souvenirs. S’ils étaient encore capables, on pourrait les employer, continua Napoléon qui avait peine à suivre, par les paroles, les considérations qui naissaient sans cesse et lui prouvaient son droit ou sa force (ce qui, selon lui, était la même chose) : il n’y a même pas cela. Ils ne sont bons ni pour la guerre