Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/60

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— D’ailleurs le grand nombre de couvents et d’églises est toujours le signe du retard du peuple, dit Napoléon en regardant Caulaincourt afin d’obtenir l’appréciation de cette phrase.

Balachov se permit respectueusement de ne pas partager l’opinion de l’empereur français.

— Chaque pays a ses mœurs, dit-il.

— Mais en Europe, nulle part il n’y a plus rien de semblable, dit Napoléon.

— Je demande pardon à Votre Majesté, fit Balachov, outre la Russie, il y a encore l’Espagne qui a beaucoup d’églises et de couvents.

Cette réponse de Balachov faisait allusion à la défaite récente des Français en Espagne ; selon les dires de Balachov, elle fut très appréciée à la cour de l’empereur Alexandre et fort peu pendant le dîner de Napoléon, où elle passa inaperçue.

Aux visages indifférents et étonnés de messieurs les maréchaux, il était évident qu’ils ne comprenaient pas le trait qu’accentuait le ton de Balachov. « Si même c’est un trait, nous ne l’avons pas compris ou il n’est pas du tout spirituel » semblait dire l’expression des visages des maréchaux. Cette réponse était si peu appréciée, que Napoléon ne la remarqua pas et demanda naïvement à Balachov par quelle ville passait la route directe d’ici à Moscou. Balachov qui, durant tout le dîner, se tenait sur ses gardes répondit que comme tout chemin mène à