Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/98

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que si l’ennemi, en effet, venait sur nos derrières, alors, forcément il serait écrasé.

Paulucci qui ne connaissait pas l’allemand se mit à l’interroger en français. Volsogen vint en aide à son maître qui parlait mal le français et se mit à traduire ses paroles, ayant peine à suivre Pfull qui prouvait très vite que tout, tout, non seulement ce qui était arrivé, mais ce qui pourrait se produire, que tout était prévu sur son plan et que s’il y avait maintenant des difficultés, la cause en serait que tout n’aurait pas été exactement rempli. Il souriait sans cesse avec ironie, prouvait, et enfin, avec mépris, il cessa de prouver, comme un mathématicien cesse de contrôler par divers moyens le problème maintenant démontré. Volsogen le remplaça et continua à exposer en français ses idées, et, s’adressant de temps en temps à Pfull : nicht wahr, Excellenz [1] ? Pfull, comme un homme qui échauffé dans la bataille tire sur les siens, se mit à crier avec colère à Volsogen, un des siens : — Nun ja, was soll denn da noch expliziert werden [2] ? Paulucci et Michaud attaquaient Volsogen en français, Harmfeld s’adressait en allemand à Pfull, Toll expliquait en russe au prince Volkonskï. Le prince André, en silence, écoutait et observait.

De tous ces personnages, Pfull, en colère, décidé, sûr de soi, inspirait le plus de sympathie au

  1. N’est-ce pas, Excellence ?
  2. Mais oui, mais oui. Et qu’y a-t-il encore à expliquer ?