Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/18

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II

Les forces réunies des peuples de l’Europe se jettent sur la Russie. L’armée russe et la population reculent, en évitant la rencontre, jusqu’à Smolensk, et de Smolensk jusqu’à Borodino. L’armée française, avec une force propulsive toujours croissante, s’élance vers Moscou, but de son mouvement. La force de propulsion grandit en approchant du but comme la vitesse d’un corps lancé à mesure qu’il se rapproche de la terre. Derrière, les milliers de verstes d’un pays affamé, hostile ; devant, des dizaines de verstes qui séparent du but. Chaque soldat de l’armée de Napoléon le sent, et l’invasion avance d’elle-même, par la force de l’impulsion.

Dans l’armée russe, plus la retraite s’accentue, plus la colère contre l’ennemi croît : avec le recul cette haine se concentre et grandit. Le choc a lieu sous Borodino. Ni l’une ni l’autre armée ne cède, mais l’armée russe, immédiatement