Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/232

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— Il me semble que nous l’avons bien installé, Dieu Jésus-Christ.

Pour la première fois, le prince André se rendit compte de l’endroit où il se trouvait et de ce qui lui était arrivé. Il se rappela qu’il avait été blessé, où et comment, que, quand la voiture s’était arrêtée à Mitistchi, il avait prié instamment qu’on le laissât dans l’isba, que de nouveau, il s’était senti mal et avait repris connaissance dans l’isba quand il avait bu du thé. Et maintenant encore, il passait en revue tout ce qui lui était arrivé. Il se représentait avec une acuité particulière l’ambulance, quand, en vue des souffrances d’un homme qu’il n’aimait pas lui revenaient en tête des idées nouvelles qui lui promettaient le bonheur. Et ces idées, bien que vagues et confuses, de nouveau s’emparèrent de son âme. Il se rappelait qu’il possédait maintenant ce nouveau bonheur, et que ce bonheur avait quelque chose de commun avec l’évangile. C’est pourquoi il avait demandé un évangile. Mais la position défavorable donnée à sa blessure, le nouveau changement de côté embrouillèrent ses pensées et pour la troisième fois il s’éveilla à la vie déjà dans le silence absolu de la nuit. Tous dormaient autour de lui. Des grillons criaient dans le vestibule. Dans la rue quelqu’un riait et chantait. Les cafards couraient sur les tables, sur les icônes et les murs ; une grosse mouche se débattait autour de la chandelle qui avait repris la forme d’un grand champi-