Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/242

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Pierre dut trouver des petites ruelles pour rejoindre la rue Poverskaïa, de là se rendre à l’Arbate près de l’église de Saint-Nicolas, où, d’après ce qu’il avait imaginé depuis longtemps, devait s’accomplir son acte.

Les portes cochères et les ouvertures de la plupart des maisons étaient closes. Les rues et les ruelles étaient désertes. Une odeur de fumée et de brûlé emplissait l’air. De temps en temps, on rencontrait dans les rues des Russes aux visages timides et inquiets et des Français nomades. Les uns et les autres regardaient Pierre avec étonnement. Outre sa haute taille et son embonpoint, outre l’expression étrange, concentrée et sombre de son visage et de toute sa personne, les Russes regardaient attentivement Pierre parce qu’ils ne comprenaient pas à quelle classe il pouvait appartenir. Les Français le suivaient des yeux avec étonnement surtout parce que Pierre, contrairement à tous les autres Russes qui regardaient les Français avec curiosité et effroi, ne faisait aucune attention à eux. Près de la porte d’une maison, trois Français qui racontaient quelque chose à des Russes qui ne les comprenaient point arrêtèrent Pierre et lui demandèrent s’il ne savait pas le français.

Pierre hocha négativement la tête et alla plus loin. Dans une autre ruelle, une sentinelle qui se tenait près d’un caisson vert cria après lui. Pierre,