Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/274

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Russes se laisseront-ils abattre par le malheur… Jamais…

C’est ce moment qu’attendait Michaud pour introduire son jeu de mots. Il prononça d’un ton respectueux :

Sire, ils craignent seulement que Votre Majesté, par bonté de cœur, ne se laisse persuader de faire la paix. Ils brûlent de combattre et de prouver à Votre Majesté, par le sacrifice de leur vie, combien ils lui sont dévoués…

Ah ! vous me tranquillisez, colonel, dit l’empereur d’un ton calme et les yeux brillant tendrement, en tapant sur l’épaule de Michaud.

L’empereur baissa la tête et resta silencieux pendant quelques minutes.

Eh bien, retournez à l’armée, dit-il à Michaud, avec un geste tendre et majestueux en se dressant de toute sa hauteur ; et dites à nos braves, dites à tous mes bons sujets partout où vous passerez, que, quand je n’aurai plus aucun soldat, je me mettrai moi-même à la tête de ma chère noblesse, de mes bons paysans et j’userai ainsi jusqu’à la dernière ressource de mon empire. Il m’en offre encore plus que mes ennemis ne pensent.

L’empereur s’animait de plus en plus, et soulevant ses beaux yeux vers le ciel :

Mais si jamais il fut écrit dans les décrets de la divine Providence que ma dynastie dut cesser de régner sur le trône de mes ancêtres, alors, après