Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/329

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silence autour d’eux, comme la bête regarde les chasseurs qui la traquent. L’un se signait sans cesse ; l’autre se grattait le dos et ses lèvres faisaient un mouvement qui simulait un sourire. Les soldats, vivement, se mirent à leur bander les yeux, ils ficelèrent les sacs et les attachèrent au poteau.

Douze tirailleurs armés de fusils sortirent des rangs, et, d’un pas régulier et ferme, s’arrêtèrent à huit pas du poteau. Pierre se détourna pour ne pas voir ce qui allait se passer. Tout à coup retentit un craquement puis un bruit qui sembla à Pierre le plus terrible des coups de tonnerre, et il se retourna. Dans la fumée, les Français pâles et les mains tremblantes faisaient quelque chose près du trou. On emmena les deux suivants. Ceux-ci, avec les mêmes yeux, regardaient tout le monde en silence, leurs regards imploraient en vain l’aide et ils semblaient ne pas comprendre et ne pas croire ce qui allait se passer.

Ils ne pouvaient le croire parce qu’eux seuls savaient ce que leur vie était pour eux, c’est pourquoi ils ne croyaient pas et ne comprenaient pas qu’on pût la leur ôter.

Pierre voulait ne pas voir, il se détourna de nouveau, mais de nouveau une détonation effrayante frappa ses oreilles et, en même temps, il aperçut de la fumée, du sang et les visages pâles, effrayés des Français qui, de nouveau, faisaient quelque chose près du poteau et, les mains tremblantes, se pous-