Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/397

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V

Koutouzov, fatigué, avait donné l’ordre de l’éveiller le lendemain de bonne heure. Il pria Dieu, s’habilla, et, avec la conscience désagréable d’avoir à diriger une bataille qu’il n’approuvait pas, il monta en voiture et partit à Letachkova, à cinq verstes de Taroutino, à l’endroit où devaient se réunir les colonnes qui avançaient. Koutouzov s’endormait et s’éveillait à chaque instant, écoutait s’il n’y avait pas de coups à droite, si l’affaire n’était pas encore entamée. Mais tout était encore absolument calme. L’aube d’un jour d’automne humide et gris commençait à poindre. En s’approchant de Taroutino, Koutouzov remarqua des cavaliers qui traversaient la route et menaient boire des chevaux. Koutouzov fixa ses regards, arrêta la voiture et demanda : « De quel régiment ? » Les cavaliers appartenaient à une colonne qui devait être déjà loin en avant. « C’est peut-être une erreur », pensa le vieux