Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/435

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XII

Pierre était prisonnier depuis déjà quatre semaines. Bien que les Français lui eussent proposé de le transférer de la baraque des soldats dans celle des officiers, il restait où il avait été interné le premier jour.

Dans Moscou ruinée et incendiée, Pierre avait presque atteint les dernières limites des privations que l’homme peut supporter, mais grâce à sa forte constitution, à sa santé qui s’ignorait jusqu’ici et surtout grâce à la progression insensible des privations qui fit qu’on ne pouvait préciser quand elles avaient commencé, il supporta son sort non seulement sans peine, mais allègrement. Précisément à dater de ce moment, il obtint le calme et le contentement de soi auxquels il aspirait en vain auparavant. Dans le cours de sa vie, il avait cherché de tous côtés ce calme, cet accord avec soi-même qui le frappaient tant pendant la bataille de Borodino.