Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/467

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Broussier, les nouvelles des partisans sur la débâcle de l’armée de Napoléon, les bruits des préparatifs pour la sortie de Moscou, tout confirmait la supposition que l’armée française était écrasée et se préparait à fuir. Mais ce n’était qu’une supposition, qui semblait importante à la jeunesse et non à Koutouzov. Celui-ci, avec son expérience de soixante ans, savait quelle importance on doit attacher aux bruits ; il savait combien les hommes qui désirent une chose sont capables d’échafauder les nouvelles de telle façon qu’elles paraissent confirmer ce qu’ils désirent, et il savait que dans ce cas on omet volontiers tout ce qui paraît contradictoire. Et plus il le désirait, moins il se permettait d’y croire. Cette question occupait toutes les forces de son âme. Tout le reste n’était pour lui que l’accompagnement habituel de la vie : le train habituel et la soumission à la vie, ses conversations avec les fonctionnaires de l’état-major, les lettres de madame de Staël, qu’il recevait à Taroutino, la lecture des romans, les distributions de récompenses, la correspondance avec Pétersbourg, etc., mais la perte des Français prévue par lui seul était son unique désir. La nuit du 11 octobre, il était couché, la tête appuyée sur la main, et pensait.

Dans la chambre voisine se fit entendre le bruit des pas de Toll, de Konovnitzen et de Bolkhovitinov.

— Hé ! Qui est là ? Entrez ! Qu’y a-t-il de nouveau ? dit le feld maréchal.