Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/211

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ou un lièvre autrement qu’avec de la viande ? Est-ce que, par ces expériences contradictoires, je pourrais conclure, en élevant un jeune ours, que la viande ou l’avoine lui est nécessaire ? L’expérience pourrait me montrer que l’une et l’autre lui sont nécessaires… Si même il me semble que l’élevage de la chair par la chair est plus naturel et que les expériences précédentes confirment ma supposition, je ne puis continuer à donner de la viande à un poulain s’il la rejette chaque fois et si son organisme ne s’assimile pas cette nourriture. Il en va de même avec l’instruction européenne transportée sur notre terrain dans sa forme et son contenu. Le peuple russe ne l’assimile pas et, en même temps, il doit exister une autre nourriture qui soutienne son organisme, car il vit… Cette nourriture ne nous semble pas convenable comme l’herbe aux carnivores, et cependant le processus historico-physiologique s’accomplit, et cette nourriture que nous n’admettons pas est assimilée par l’organisme du peuple et l’énorme animal croît et se fortifie.

En résumant tout ce qui a été dit, nous arrivons aux propositions suivantes :

1o L’instruction et l’éducation sont deux conceptions tout à fait différentes.

2o La culture est libre, c’est pour cela qu’elle est légitime et juste. L’éducation est forcée c’est pourquoi elle n’est ni légitime ni juste, elle ne peut