Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/254

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Pouschkine, de Gogol, de Tourgueneff, de Derjavine, et toutes ces revues et ces œuvres, malgré de longues années d’existence, sont inconnues du peuple, ne lui sont pas nécessaires et ne lui rapportent absolument rien. J’ai déjà parlé des expériences que je tentai pour faire pénétrer dans le peuple notre littérature. Je me suis convaincu, — de quoi chacun peut se convaincre, — que pour qu’un Russe se complaise à la lecture de Boris Godounov de Pouschkine ou à l’histoire de Solovief, il doit cesser d’être ce qu’il est, c’est-à-dire l’homme indépendant qui satisfait à tous ses besoins humains.

Notre littérature ne pénètre pas et ne pénétrera pas dans le peuple. J’espère que ceux qui connaissent le peuple et la littérature n’en douteront pas. Quel bien reçoit donc le peuple de la littérature ? Jusqu’ici le peuple n’a pas de bibles et de psautiers à bon marché et les autres livres qu’il a entre les mains lui montrent seulement la stupidité et la nullité de leurs auteurs. Son argent et son travail se dépensent tandis que les avantages de l’imprimerie pour le peuple, — et cependant elle est déjà assez vieille, — ne nous apparaissent nullement. Le peuple n’apprend pas et n’a pas appris dans les livres ni à labourer, ni à préparer le kvass, ni à tresser les lapti, ni à couper le bois, ni à chanter des chansons, ni même à prier. Tout homme sincère, que ne hante pas la foi au progrès, avouera que le peuple n’a tiré aucun avantage de l’imprimerie, tandis