Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/283

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préférées ou plutôt un de mes plaisirs favoris. Pour chaque proverbe je me représente des personnages du peuple et leurs chocs dans le sens du proverbe. Parmi mes rêves irréalisés je me représente une série tantôt de nouvelles, tantôt de tableaux écrits au sujet des proverbes. Une fois, l’hiver dernier, après dîner, je lus longtemps le livre de Snéguirev, et, le livre à la main, je me rendis à l’école. C’était la classe de langue russe.

— Eh bien ! Faites une narration sur un proverbe, dis-je.

Les meilleurs élèves, Fedka, Siomka et les autres dressèrent l’oreille.

— Comment sur un proverbe ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Dites-le-nous ? plurent les questions.

J’ouvris le livre et tombai sur le proverbe : Il nourrit avec la cuiller et pique les yeux avec le manche.

— Eh bien ! dis-je, imagine-toi qu’un paysan recueille un mendiant dans sa maison et ensuite lui reproche le bien qu’il lui fait ; voilà, on dira qu’il nourrit avec la cuiller et pique les yeux avec le manche.

— Mais comment écrire cela ? me dirent Fedka et tous les autres qui avaient dressé l’oreille. Et immédiatement convaincus que ce n’était point de leur force, ils reprirent le devoir commencé.

— Écris toi-même, me dit l’un.

Tous étant à leur besogne, je pris la plume, l’encrier et me mis à écrire.