Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/330

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isolées, car l’instinct de troupeau, depuis longtemps, n’existe plus chez les élèves. Il n’est déjà plus besoin d’attendre et de crier : « Hé ! les enfants ! allez à l’école ! » Ils savent déjà beaucoup de choses et, grâce à cela, la foule n’est pas nécessaire. L’heure venue, ils partent à l’école. Il me semble que, de jour en jour, les gens deviennent de plus en plus indépendants et leurs caractères de plus en plus nets. Je n’ai presque jamais vu les élèves s’amuser en route, sauf les plus petits ou les nouveaux ayant fréquenté une autre école. Les élèves n’apportent rien avec eux, ni livres ni cahiers ; ils n’ont pas de leçons à apprendre chez eux.

C’est peu qu’ils n’aient rien dans les mains, ils n’ont rien non plus à porter dans leur tête. On ne les oblige nullement à se rappeler aujourd’hui ce qu’ils ont fait hier ; la pensée de la leçon future ne les tourmente pas ; l’élève ne porte que soi : sa nature impressionnable et la certitude que l’école sera aussi gaie que la veille. Il ne pense pas à la classe avant qu’elle soit commencée. Jamais on ne fait de réprimandes, et il n’y a jamais de retardataires, sauf peut-être les plus grands, que les pères retiennent à la maison pour quelque travail. Et alors le grand garçon accourt à l’école au galop, tout essoufflé. Tant que le maître n’est pas encore là, ils se réunissent, les uns près du perron se bousculant sur les marches ou faisant des glissades dans l’allée, les autres dans les salles de classe.