Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/343

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traîné par son camarade, un fort en style, un petit gros, très gai, pleurait tout simplement à chaudes larmes, comme pleurent les enfants. L’autre, le principal coupable, au nez aquilin, aux traits secs, le visage intelligent, était pâle ; ses lèvres tremblaient. Il jetait des regards de colère sur ses camarades qui se réjouissaient et, de temps en temps, son visage se crispait de sanglots. Sa casquette déchirée était mise sur la nuque, ses cheveux étaient ébouriffés, ses vêtements tachés de craie. Tout cela me frappait, nous frappait tous, comme si nous le voyions pour la première fois. L’attention malveillante de tous était fixée sur lui, et il le sentait. Quand, sans se retourner, la tête baissée, du pas particulier d’un coupable, il alla chez lui, et que les enfants coururent en foule derrière lui et l’agacèrent d’une façon étrangement cruelle qui ne paraissait pas naturelle, comme si un méchant esprit les y poussait, quelque chose me dit que ce n’était pas bien. Mais l’affaire en resta là, et les voleurs gardèrent l’écriteau une journée entière. Depuis ce temps, il nous parut qu’il apprenait beaucoup moins bien, il ne participa plus aux jeux ni aux conversations de ses camarades en dehors de la classe.

Une fois, en entrant à la classe, tous les écoliers, avec horreur, me dirent que ce même garçon avait encore volé. Il avait pris dans la chambre du maître vingt kopeks en monnaie de billon, et avait