Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/345

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honte, me dira-t-on. Punir par la honte ! Pourquoi ? Qu’est-ce que la honte ? Est-il certain que la honte fasse disparaître le penchant au vol ? Elle l’encourage peut-être ! Ce qui s’exprimait sur son visage n’était peut-être pas de la honte. Je suis même sûr que ce n’était pas la honte mais tout autre chose qui, peut-être, eût dormi toujours en son âme et qu’il ne fallait pas provoquer. Que là-bas, dans le monde qu’on appelle le vrai monde, le monde des Palmerstons et des Cayenne, où l’on trouve sage non ce qui est sage mais ce qui est réel, que là-bas, les hommes qui sont punis eux-mêmes s’arrogent le droit et le devoir de punir. Notre monde des enfants, des simples, des indépendants, doit rester pur des aveuglements, de la croyance inébranlable en la légitimité de la punition, de la foi et de la fausse conviction que le sentiment de vengeance devient juste dès qu’on l’appelle punition.

Continuons la description de l’emploi du temps quotidien. À deux heures, les enfants, qui ont faim, courent à la maison. Malgré la faim, ils restent encore quelques instants afin de savoir quelle note a reçue chacun. Les notes ne donnent aucun avantage mais les intéressent beaucoup : « J’ai cinq avec + ! » — « Et quel zéro on a mis à Olga ! » — « Et moi j’ai quatre ! » crient-ils. Les notes leur servent d’appréciation de leur travail et ils n’en sont mécontents que si l’appréciation n’est pas juste. Malheur si l’élève travaille bien et reçoit moins