Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/42

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Dans chacun de ces cafés on donne des comédies, des saynètes, on déclame des poésies. Voilà donc, d’après le calcul le plus global, un cinquième de la population qui s’instruit chaque jour comme s’instruisaient les Grecs et les Romains dans leurs amphithéâtres. Cette instruction est-elle bonne ou mauvaise, c’est une autre affaire, mais celle-là c’est l’instruction spontanée, combien plus féconde que l’instruction obligatoire ; c’est là l’école spontanée qui a miné l’école obligatoire, celle-ci ayant réduit presqu’à rien son enseignement et n’ayant gardé qu’une forme despotique, sans plus, ou peu s’en faut. Je dis peu s’en faut, parce que j’exclus la capacité mécanique de former des caractères et de composer des mots : l’unique science acquise par une étude de cinq à six années.

En outre, il faut remarquer que ce même art mécanique de lire et écrire est souvent acquis plus rapidement en dehors de l’école, que très souvent l’école ne donne pas ce savoir et que, souvent aussi, ce savoir est inutile, ne trouve pas d’application dans la vie. Enfin, là où s’exerce la loi de l’école obligatoire, il semblerait qu’il n’y eût plus besoin d’apprendre à lire, à écrire, à compter, à la deuxième génération, puisque le père et la mère pourraient très bien le faire à la maison et beaucoup plus facilement qu’à l’école.

Ce que j’ai vu à Marseille se passe aussi ailleurs. Partout, le plus souvent, le peuple s’instruit non à