Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/44

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suffit de considérer l’imprimerie et son extension pour comprendre la différence de situation de l’ancienne école et de l’école actuelle. L’instruction inconsciente, vitale, et l’instruction consciente de l’école ont toujours marché côte à côte en se suppléant mutuellement. Mais avant l’extension de l’imprimerie, quelle minime part d’instruction pouvait donner la vie en comparaison de l’école !

La science appartenait aux élus qui possédaient des moyens d’instruction, et regardez quelle part prend l’éducation par la vie maintenant qu’il n’y a pas un homme qui n’ait de livres, maintenant que le livre se vend au prix le plus minime, que les bibliothèques publiques sont ouvertes à tous, qu’un garçon, en allant à l’école, porte caché parmi ses cahiers un roman illustré à bon marché, que chez nous on vend deux syllabaires pour trois kopeks et qu’un paysan des steppes, ayant acheté le syllabaire, demande à un soldat qui passe de lui enseigner toute cette science qu’on apprenait auparavant en plusieurs années chez le sacristain, maitenant qu’un lycéen quitte son lycée et seul, avec des livres, prépare et subit les examens de l’Université, que les jeunes gens quittent l’Université et, au lieu d’étudier d’après les cours des professeurs, travaillent d’eux-mêmes d’après les documents ; maintenant, qu’à parler franchement, chaque instruction sérieuse s’acquiert exclusivement par la vie et non par l’école.