Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/450

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l’histoire. Je comprends qu’on profite de l’enseignement de l’histoire pour développer et satisfaire l’intérêt artistique, toujours propre aux enfants, mais ce ne sera pas l’histoire. Pour enseigner l’histoire, il faut d’abord développer chez l’enfant l’intérêt historique. Comment y parvenir ?

J’ai maintes fois entendu dire que pour enseigner l’histoire, il ne faut pas la commencer par le commencement, mais par la fin, c’est-à-dire non par l’histoire ancienne, mais par l’histoire contemporaine. Au fait, cette idée est tout à fait juste. Comment expliquer à un enfant les origines de l’État russe et l’y intéresser quand il ne sait pas ce que c’est que l’État russe, et, en général, un État ? Celui qui s’occupe des enfants doit savoir que chaque enfant russe est fermement convaincu que la Russie, cette Russie où il vit, embrasse le monde entier. L’enfant français ou allemand doit penser de même. Pourquoi remarque-t-on en Russie, chez tous les enfants, et même chez les adultes naïfs, l’étonnement de ce que les enfants allemands parlent l’allemand ?

Le plus souvent l’intérêt historique se montre après l’intérêt artistique. Les origines de la formation de Rome nous intéressent, parce que nous savons ce qu’était l’empire romain au temps de sa gloire ; de même, nous nous intéressons à l’enfance d’un grand homme. Le contraste de la puissance romaine avec la foule misérable des fugitifs, fait