Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/465

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traires à celles que je voudrais leur transmettre. Il faudra encore bien du temps pour détruire les idées qu’ils ont et faire qu’ils s’imaginent la Terre isolée dans l’espace. Les lois de la physique et de la mécanique sont les premières qui détruisent la tradition. Chez nous, comme partout, on commence la géographie avant la physique.

Dans l’enseignement de la géographie, comme de toute autre science, l’erreur la plus commune, la plus grossière et la plus malsaine, c’est la hâte. Nous paraissons si ravis de savoir que la Terre est ronde et tourne autour du Soleil que nous nous hâtons de l’apprendre au plus vite à l’élève. Et ce qui est précieux ce n’est pas de savoir que la Terre est ronde mais de savoir comment naît cette conviction. Très souvent l’on raconte aux enfants que le Soleil est à tant et tant de lieues de la Terre et ils n’en paraissent pas étonnés, cela ne les intéresse nullement. Ce qui les intéresse, c’est de savoir comment on est arrivé à cela. Qui veut parler de la distance du Soleil fera mieux d’expliquer les parallaxes, c’est très possible. Je ne me suis arrêté si longtemps à la sphéricité de la Terre que parce que ces remarques s’appliquent à toute la géographie. Parmi des milliers d’hommes instruits, excepté les maîtres et les élèves, un seul peut-être connaît l’explication des saisons et sait où se trouve la Guadeloupe. Parmi des milliers d’enfants, pas un seul ne s’assimile complètement les explications