Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/112

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Elle bat mal ; on a beau arranger les planches, serrer les vis, elle ne marche pas bien et les grains tombent dans la paille. C’est une perte, et il serait plus avantageux de mettre la machine au rebut et de battre autrement, mais l’argent est dépensé, la machine est installée ; « qu’elle batte ! » dit le propriétaire. Ce sera la même chose avec les écoles. Je sais que longtemps encore fleuriront les méthodes visuelles, les petits cubes au lieu d’arithmétique, les sifflements pour enseigner les lettres et vingt écoles allemandes onéreuses au lieu des quatre cents écoles bon marché nécessaires au peuple. Mais j’ai aussi la ferme conviction que le bon sens du peuple russe ne lui permettra pas d’accepter ce système d’enseignement faux et artificiel qu’on lui veut imposer.

Le peuple, le principal intéressé, est le juge. Présentement il ne veut rien entendre de nos propositions plus ou moins spirituelles pour lui préparer au mieux les mets de l’instruction. Tout l’indiffère parce qu’il sait bien que dans la grande œuvre de son développement intellectuel il ne fera pas un faux pas, n’acceptera pas ce qui est mauvais, et les tentatives de l’instruire et de l’éduquer à l’allemande seront repoussées comme la balle frappant le mur.