Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/161

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Il attacha son ours à la porte cochère et entra pour boire.

Un postillon qui conduisait une troïka s’approcha du cabaret, attacha le cheval de timon et entra lui aussi. Dans la charrette du postillon il y avait du pain blanc. L’ours flaira le pain, se détacha, s’approcha de la charrette, y monta et se mit à se rouler dans le foin. Les chevaux se retournèrent et se jetèrent du cabaret sur la route. L’ours s’accroche au bord de la charrette ne sachant que faire, tandis que les chevaux courent et s’emportent de plus en plus. Il se cramponne avec ses pattes de devant au bord de la charrette et ne cesse de tourner la tête d’un côté et de l’autre ; et les chevaux se détournent de temps en temps et galopent encore plus vite sur la route qui descend de la montagne… Les passants ont à peine le temps de se garer. La troïka roule à fond de train, l’ours se retient au bord de la charrette et regarde de tous côtés. Il voit qu’il est en danger, que les chevaux vont le tuer ; il commence à grogner. Les chevaux effrayés courent encore plus vite. Ils courent, courent et arrivent à leur maison, dans le village. Tous viennent voir ce que c’est ; les chevaux se heurtent à la porte cochère. La femme du paysan se demande ce qu’il y a, pensant que le maître est revenu et crie. Elle sort dans la cour, mais au lieu du maître elle voit un ours qui descend de la charrette. L’ours descend, s’en va dans les champs et disparaît dans la forêt.