Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/212

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Makar se mit à rire et dit :

— Mais l’assassin c’est probablement celui dans le sac duquel on a retrouvé le couteau. Si c’est quelqu’un qui a mis le couteau dans tes effets… pas pris, pas coupable. Et d’ailleurs comment aurait-il pu placer un couteau dans ton sac ? Tu l’avais sous ta tête ; tu aurais entendu.

À ces paroles, Aksénov vit bien que cet homme était le meurtrier du marchand. Il se leva et s’en alla. De toute cette nuit, Aksénov ne put dormir.

Il tomba dans un accablement profond. Il eut alors des rêves : tantôt il voyait sa femme telle qu’elle était quand elle l’accompagnait lors de la première foire ; il la voyait, vivante, il voyait son visage, ses yeux ; il l’entendait parler et rire ; tantôt il voyait ses enfants, tels qu’ils étaient alors, tout petits, l’un enveloppé d’un manteau fourré, l’autre au sein.

Et il se revoyait lui-même tel qu’autrefois, gai, jeune, assis et jouant de la guitare sur le perron de l’auberge où il avait été arrêté ; enfin, il se rappelait la place maudite où on l’avait fouetté, et le bourreau, et la foule tout autour, et les fers, et les forçats et ses vingt-six ans de prison. Il songea à sa vieillesse, et une telle douleur l’envahit qu’il aurait voulu se donner la mort. « Et tout cela, à cause de ce misérable ! » pensait-il.

Il éprouvait une telle colère contre Makar, qu’il aurait voulu lui-même périr sur l’heure, pourvu