Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/214

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forçats au travail remarquèrent que Makar Sémionov vidait de la terre, de ses bottes. Ils firent des recherches dans la prison et découvrirent le trou. Le chef arriva et demanda qui avait creusé le trou. Aucun ne s’accusa.

Ceux qui savaient ne voulaient point trahir Makar Sémionov, car ils savaient bien qu’il serait, pour ce fait, fouetté à mort.

Alors le chef s’adressa à Aksénov ; il savait que c’était un homme franc, et il lui dit :

— Vieillard, toi qui es un homme juste, dis-moi devant Dieu qui a fait cela ?

Makar Sémionov se tenait impassible, il regardait les chefs sans se tourner vers Aksénov. Quant à Aksénov ses mains et ses lèvres tremblaient ; et longtemps il ne put proférer une parole.

— Me taire ! pensait-il… Mais pourquoi lui pardonner, puisque c’est lui qui m’a perdu ! Qu’il expie pour mes tortures… Si je parle… on le fouettera jusqu’au bout, c’est vrai… Et si je me trompe, si ce n’est pas lui l’assassin… Et puis, cela me soulagerait-il ?

Le chef demanda de nouveau :

— Eh bien, vieillard, dis la vérité. Qui a creusé le sol ?

Aksénov regarda Makar Sémionov et répondit :

— Je ne peux pas le dire, Votre Noblesse ; Dieu ne me permet pas de le dire, et je ne vous le dirai