Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/54

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la consonne be et divisent les mots en syllabes ; l’enseignement d’après les objets visuels est tout à fait écarté ; l’arithmétique ne va pas du tout et les enfants n’ont rien à lire. Les maîtres, sans même s’en rendre compte, s’écartent des bases théoriques et se rendent aux exigences du peuple. Ce résultat pratique qui se produit partout est, semblerait-il, la preuve de l’erreur de la méthode elle-même. Mais dans le milieu des pédagogues, de ceux qui composent les manuels et établissent les règles, l’ignorance est si absolue, le désir de connaître le peuple et ce qu’il veut est si faible que l’influence de la réalité sur ces méthodes n’entrave nullement la marche de leur œuvre. Il est difficile de se faire une idée de l’opinion générale que l’on a du peuple, dans ce monde de pédagogues, opinion d’où découlent leur méthode et tous les autres procédés d’enseignement. Afin de prouver combien l’enseignement visuel et le développement sont nécessaires pour les enfants des écoles russes, M. Bounakov, avec une naïveté extraordinaire, cite ces paroles de Peztalozzi : « Que celui qui vit parmi le peuple simple contredise mes paroles qu’il n’y a rien de plus difficile que de transmettre une conception quelconque aux êtres. Mais personne ne fait à cela d’objections, les curés suisses affirment que les gens du peuple qui viennent chez eux pour s’instruire ne comprennent pas ce qu’ils leur disent. Les citadins qui s’établissent à la