Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/139

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— Non, mais peut-être ne tenez-vous pas à vous rencontrer avec Strémov ? Qu’il se chicane avec Alexis Alexandrovitch au conseil, ce n’est pas notre affaire ; mais dans le monde, c’est l’homme le plus aimable que je connaisse, et qui plus est, un joueur passionné de croquet. Du reste, vous en jugerez, et vous verrez avec quel esprit il se tire de ce rôle ridicule de vieil amoureux de Lisa. Il est charmant. Vous ne connaissez pas Sapho Stoltz ? C’est le nouveau ton, tout à fait le dernier cri.

Betsy continuait de bavarder et, cependant, à son regard gai, intelligent, Anna sentait qu’elle devinait son embarras et cherchait à l’en tirer.

Toutes deux étaient dans le petit salon.

— Voyons, il faut répondre à Alexis, dit Betsy en s’asseyant devant la table.

Elle écrivit quelques lignes qu’elle mit sous enveloppe.

— Je lui dis qu’il vienne dîner, qu’il manquerait un cavalier pour une de nos invitées. Lisez donc et voyez si mon billet est suffisamment expressif. Excusez-moi, je vous laisse pour un moment ; cachetez la lettre, je vous prie, et envoyez-la, lui dit-elle de la porte. J’ai des ordres à donner.

Sans hésiter un moment, Anna prit la place de Betsy devant le bureau, et, sans prendre connaissance de ce que celle-ci avait écrit, ajouta au bas :

« J’ai absolument besoin de vous voir, trouvez-vous au jardin de Vrédé, à six heures. J’y serai. »