Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/160

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que je puisse m’en procurer… Pourrais-je m’en aller avec elle ? Ne suis-je pas lié par le service ? Aucune hésitation n’est possible ; en lui faisant cette proposition, je dois me tenir prêt à me procurer l’argent nécessaire et à donner ma démission. »

Tout en réfléchissant et en envisageant l’alternative de démissionner ou de rester au service, il sentait s’éveiller en lui un autre sentiment qu’il était seul à connaître et qui était peut-être celui qui exerçait sur sa vie la principale influence.

L’ambition avait été le rêve de son enfance et de sa jeunesse, et même à l’heure actuelle, bien qu’il ne voulût pas en convenir, ce sentiment était de force à contrebalancer son amour.

Ses premiers pas dans le monde et dans la carrière militaire avaient été heureux ; cependant, deux ans auparavant, il avait commis une forte maladresse : dans le but d’afficher son indépendance, il avait refusé l’avancement qu’on lui proposait, espérant se faire valoir par cette attitude. Loin d’en tirer quelque profit, il ne réussit qu’à se faire passer pour un prétentieux et ceux-là même qui lui avaient porté quelque intérêt, l’abandonnèrent ; bon gré mal gré il garda donc sa réputation d’indépendant. Il sut faire contre mauvaise fortune bon cœur, il ne parut en vouloir à personne, ne se montra nullement offensé et sembla n’ambitionner que la liberté de s’amuser en paix. En