Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/195

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mauvaises, celles où il y avait beaucoup d’herbes et de menthe et qu’on ne pouvait par conséquent garder pour les semences, on lui avait au contraire fauché les meilleures déciatines qu’il réservait précisément pour cet usage, prétextant comme justification que c’était l’intendant qui l’avait ordonné et ajoutant, dans le but de le consoler, que le foin, cette année, serait magnifique. Mais Lévine n’en avait pas moins la conviction que si les faucheurs s’étaient précisément attaqués à ces déciatines, c’était uniquement parce qu’elles étaient les plus faciles à faucher. Une autre fois c’était une faneuse qu’il avait envoyée qui était cassée immédiatement parce que l’ouvrier chargé de la faire manœuvrer s’ennuyait de rester assis sur le devant et de sentir les ailes se balancer au-dessus de sa tête : « Ne vous inquiétez pas, lui disait-on, les femmes auront vite fait. » Les charrues fonctionnaient mal car les laboureurs négligeaient d’appuyer sur le soc pour l’enfoncer ; il en résultait un travail inutile et funeste pour la terre.

Comment dans ces conditions Lévine pouvait-il rester calme. Impossible de trouver des gardiens pour la nuit, aussi les chevaux pouvaient-ils entrer dans les champs de blé, et si les ouvriers consentaient parfois à tour de rôle à veiller la nuit, fatigués par le travail de la journée, ils s’endormaient. Ainsi arriva-t-il à Vanka, mais loin de nier sa faute, celui-ci ne trouva pour exprimer son repen-