Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/222

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plus jeunes au lycée, et s’il me fallait encore acheter des percherons je n’y pourrais suffire.

— Adressez-vous aux banques.

— Grand merci ! pour aboutir à voir vendre aux enchères jusqu’à mon dernier champ.

— Je ne suis pas d’avis qu’il soit nécessaire d’élever le niveau de l’exploitation agricole, intervint Lévine. Je m’occupe d’agriculture, et mes moyens me permettent de tenter quelques améliorations, cependant je n’ai jamais pu rien faire. Je ne sais pas à qui les banques sont utiles, mais pour ma part, j’ai beau mettre de l’argent dans l’exploitation, je suis toujours en perte : aussi bien du côté du bétail que de celui des machines.

— Voilà qui est parfaitement juste ! confirma le propriétaire à moustaches grises, en accompagnant ces mots d’un joyeux sourire.

— Et je ne suis pas le seul, continua Lévine. Demandez à tous les propriétaires qui font de l’agriculture rationnelle. Tous, sauf de très rares exceptions, vous diront qu’ils sont en perte. Mais vous-même, avez-vous quelque bénéfice ? dit-il brusquement, en se tournant vers Sviajskï sur le visage duquel se peignit cette expression passagère d’effroi, qu’il avait coutume d’y voir chaque fois qu’il essayait de pénétrer plus avant dans son esprit.

Cette attaque, de la part de Lévine, manquait à vrai dire de loyauté. Le maître de la maison venait en effet, pendant le thé, de lui dire qu’il avait fait