Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/240

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ment établi, les paysans de cet artel n’envisageaient pas la terre comme une propriété commune, mais comme une demi-propriété ; plusieurs fois même ceux-ci, et Rezounov tout le premier, avaient dit à Lévine : « Vous feriez mieux de prendre de l’argent pour la terre ; vous seriez plus tranquille et ce serait plus simple pour nous. » En outre, ces gens saisissaient avec empressement tous les prétextes pour ajourner sans cesse la construction d’une cour pour le bétail et des enclos ; bref ils firent traîner cela jusqu’à l’hiver.

Enfin Chouraïev voulut distribuer le potager par petits lots aux paysans, interprétant ainsi faussement les conditions auxquelles la terre lui avait été donnée.

D’ailleurs, chaque fois qu’il causait avec les paysans, leur expliquant les avantages de l’entreprise, Lévine sentait qu’ils n’écoutaient que le son de sa voix, intimement persuadés qu’ils étaient, qu’en dépit de toutes les paroles, ils devaient se tenir sur leur garde, s’ils ne voulaient pas être trompés par lui. C’était surtout dans ses conversations avec Rezounov, le plus intelligent d’entre les paysans, que cette impression le frappait davantage ; il remarquait en effet dans les yeux de celui-ci une expression qui montrait clairement qu’il se moquait de lui et qui semblait dire que si quelqu’un d’eux devait être dupé dans cette affaire, ce ne serait certainement pas lui, Rezounov.