Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/242

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Mill, par exemple, qu’il avait étudié en premier lieu, avec une grande ardeur, espérant à chaque instant y rencontrer la solution des questions qui l’occupaient, il trouva en effet des lois tirées de la situation de l’économie rurale, en Europe, mais aucune de celles-ci ne lui sembla présenter un caractère de généralité ; elles étaient, en tous les cas, inapplicables à la Russie.

La lecture des ouvrages socialistes ne le tira pas davantage d’embarras. Les idées qu’il rencontra étaient évidemment parfaites en théorie, mais impossibles à mettre en pratique dans la vie telle qu’il l’avait conçue, dès l’époque où il était encore étudiant, ou bien alors il fallait les transformer, les faire passer de l’état européen à l’état russe, ces deux manières d’être n’ayant entre elles rien de commun. L’économie politique affirmait que les lois, en vertu desquelles s’est développée et se développe encore la richesse de l’Europe, sont des lois générales et immuables. La doctrine socialiste assurait, au contraire, que le développement de la richesse, d’après ces lois, conduit infailliblement à la ruine. Mais ni l’une ni l’autre ne proposait de solution à la question ; il était même impossible d’y trouver la moindre indication capable de renseigner Lévine, ni aucun des paysans et agriculteurs russes, sur la meilleure façon d’employer les millions de travailleurs et de déciatines de terre dont ils disposaient pour en tirer le parti le