Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/250

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pas toujours son opinion. Mais cette fois elle comprit tout autrement ce qu’il lui disait.

— Oui, vous avez raison, il faut avant tout penser à son âme, dit-elle en soupirant. Voyez, Parfène Denisitch, qui n’était qu’un ignorant, il a eu pourtant une belle mort, et il serait à souhaiter que Dieu permît à chacun de mourir ainsi, — elle faisait ainsi allusion à un paysan récemment décédé.

— On l’a confessé, continua-t-elle, on a dit toutes les prières…

— Il ne s’agit pas de cela, dit Lévine en l’interrompant, je dis que je travaille dans mon intérêt. Or, le plus avantageux pour moi, c’est que le paysan travaille mieux.

— Vous aurez beau faire, si le paysan est paresseux il travaillera toujours mal. Celui qui a du cœur s’acquittera honnêtement de sa besogne, celui qui n’en a pas, ne fera jamais rien qui vaille.

— Cependant vous dites vous-même qu’Ivan commence à mieux soigner le bétail ?

— Je ne puis dire qu’une seule chose, répondit Agafia Mikhaïlovna avec une intention voulue qu’on sentait être le résultat de mûres réflexions, c’est qu’il faut vous marier.

Cette observation d’Agafia Mikhaïlovna coïncidant avec ce qu’il pensait une minute auparavant l’attrista et le froissa. Il fronça les sourcils et, sans lui répondre, se rassit à sa table et se remit à réfléchir sur l’importance de son travail. De temps