Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/377

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Lévine sentit encore s’augmenter son propre bonheur.

— Est-on déjà levé ?

— S’il vous plaît, laissez cela ici, dit-il en souriant quand Lévine voulut retourner pour prendre son chapeau.

— À qui dois-je annoncer ? demanda le domestique.

Ce laquais, quoique jeune, élégant, était très empressé et semblait, lui aussi, tout savoir.

— À la princesse… au prince… à la jeune princesse… dit Lévine.

La première personne qu’il rencontra fut mademoiselle Linon. Elle traversait la salle ; son visage, encadré de boucles, était radieux ; dès qu’il eut commencé à causer avec elle, il entendit, dans la porte, le froufrou d’une robe. Mademoiselle Linon disparut à ses yeux et l’effroi joyeux du bonheur qu’il sentait venir s’empara de lui.

Mademoiselle Linon se hâta de sortir, et aussitôt, venant de l’autre porte, des pas rapides, légers, glissèrent sur le parquet ; son bonheur, sa vie, le meilleur de lui-même, ce qu’il cherchait et attendait depuis si longtemps s’approchait de lui. Elle ne marchait pas, on l’eût dite portée vers lui par quelque force invisible. Il ne voyait que ses yeux purs, sincères, effrayés et ravis par ce même amour qui remplissait son cœur. Ses yeux brillaient de plus en plus près de lui, l’aveuglant de leur éclat