Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/379

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— Oui, prononça-t-elle lentement, solennellement. Je suis si heureuse !

Sans quitter sa main, elle entra au salon. La princesse, d’abord toute suffoquée, en les apercevant, se mit à pleurer puis à rire, et d’un pas si ferme que Lévine en fut surpris, elle accourut vers eux, et, saisissant sa tête, elle l’embrassa, l’inondant de ses larmes.

— Alors tout est fini ! Je suis heureuse. Aime-le. Je suis heureuse… Kitty !

— Vous avez vite arrangé les choses, dit le vieux prince en tâchant de paraître indifférent ; mais Lévine remarqua que ses yeux étaient humides quand il s’adressa à lui.

— Je l’ai désiré depuis longtemps, toujours ! dit le prince en prenant la main de Lévine et l’attirant vers lui. Ainsi… même au moment… où cette écervelée songeait…

— Papa ! s’écria Kitty, et elle lui ferma la bouche avec ses mains.

— C’est bien, je ne dirai rien, fit-il. Je suis très heureux, très heureux ! Ah que je suis bête !…

Il prit Kitty dans ses bras, baisa son visage, ses mains, et encore son visage, puis il se signa.

Et Lévine ne pouvait se défendre d’un nouveau sentiment d’affection pour cet homme qui, autrefois, lui était étranger, quand il vit avec quelle tendresse Kitty baisa longuement sa main potelée.