Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/382

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Il était parvenu à se dominer et avait retrouvé la parole ; mais bien qu’il eût beaucoup à lui dire, ses premiers mots exprimèrent tout le contraire de sa pensée.

— Je savais que ce serait ainsi. Je n’osais l’espérer, et cependant, au fond de mon âme, j’en avais la conviction, dit-il. Je crois que c’était prédestiné.

— Et moi ? dit-elle. Même quand…

Elle s’arrêta, puis continua en le regardant résolument de ses yeux sincères.

— Même quand j’ai repoussé mon bonheur, je n’aimais que vous seul, mais alors j’étais étourdie. Je veux vous demander… Pouvez-vous l’oublier ?

— Il vaut peut-être mieux qu’il en ait été ainsi. Vous avez aussi beaucoup à me pardonner. Je dois vous dire…

C’était une des choses qu il avait décidé de lui avouer. Il avait résolu de lui faire, dès le premier jour, deux aveux : il voulait d’abord qu’elle sût qu’il n’était pas si pur qu’elle, ensuite qu’il était impie. Si pénibles que fussent pour lui ces aveux, il était fermement décidé à les lui faire.

— Non, pas maintenant, plus tard, dit-il.

— C’est cela, plus tard, mais vous me le direz sûrement. Je ne redoute rien. J’ai besoin de tout savoir. Maintenant c’est fini.

Il acheva :

— C’est fini, et vous me prendrez tel que je suis. Vous ne vous dédirez pas ?