Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/431

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— Je crains qu’elle ne comprenne pas elle-même sa situation… Assurément, elle n’en est pas juge…, corrigea Stépan Arkadiévitch. Elle est écrasée, littéralement écrasée par ta magnanimité. Si elle lit cette lettre, elle ne saura que répondre, elle ne pourra qu’incliner plus bas le front.

— Mais alors que faire ? Comment s’expliquer ?… Comment savoir ce qu’elle désire ?

— Si tu me permets de te donner mon avis… je pense qu’il dépend de toi d’indiquer nettement ce que tu crois nécessaire, pour mettre fin à cette situation…

— Alors, tu trouves qu’il faut y mettre fin ? dit en l’interrompant Alexis Alexandrovitch. Mais comment ? ajouta-t-il, en portant, d’un geste qui ne lui était pas habituel, sa main devant ses yeux. Je ne vois aucune issue possible !…

— À toute situation il y a une issue, dit Stépan Arkadiévitch se levant et s’animant peu à peu. À un certain moment, tu as voulu rompre. Si maintenant tu as la conviction que vous ne pouvez plus être heureux ensemble…

— Le bonheur peut se comprendre de diverses façons. Mais supposons que je consente à tout… c’est une supposition. Qu’arrivera-t-il ?

— Si tu désires connaître mon opinion — dit Stépan Arkadiévitch, avec le même sourire doux qu’il avait pendant sa conversation avec Anna, et ce sourire était si bon et si persuasif que, malgré