Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/126

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XVIII

Lévine ne pouvait regarder son frère sans émotion, il ne pouvait rester naturel et calme en sa présence ; dès qu’il entrait chez lui, ses yeux et son attention se voilaient inconsciemment et les détails de sa situation lui échappaient. Il remarquait bien la mauvaise odeur, la saleté, le désordre, le malaise, les gémissements, mais il ne voyait pas la possibilité d’y remédier. Il ne lui venait même pas en tête d’essayer d’atténuer les souffrances du malade, de se demander comment sous la couverture était couché ce corps, comment ces genoux, ce dos décharné étaient placés, s’il n’y avait pas moyen de les mieux installer, s’il n’y avait pas quelque chose à faire pour qu’il fût moins mal sinon mieux. Un frisson lui passait dans le dos à la seule pensée de ces détails. Il était indiscutablement convaincu qu’on ne pouvait rien faire ni pour prolonger cette