Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/149

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Quand le prêtre eut terminé ses prières, il posa la croix sur ce front glacé, puis roulant lentement l’étole il se tint silencieux près du lit, touchant de ses doigts l’énorme main refroidie et exsangue du moribond.

— C’est fini ! dit-il enfin, et il voulut s’éloigner. Mais tout à coup les moustaches collées du mourant s’agitèrent et du fond de sa poitrine sortirent ces paroles qui résonnèrent très nettement dans le silence :

— Pas encore… bientôt !

Une minute après, le visage s’éclaircit, un sourire se dessina sous la moustache, et les femmes se mirent à faire la toilette du mort.

La vue de son frère mort réveilla en l’âme de Lévine toute l’horreur qu’il avait ressentie devant l’étrangeté, la proximité et l’inévitabilité de la mort pendant cette nuit d’automne où son frère était venu le voir. Ce sentiment était encore plus vif qu’auparavant ; encore plus qu’alors il se sentait incapable de comprendre le sens de la mort, et plus horrible lui apparaissait sa fatalité. Cependant la présence de sa femme l’empêcha de tomber dans le désespoir, car malgré ses terreurs il éprouvait le besoin de vivre et d’aimer. Il sentait que l’amour le sauvait du désespoir et cet amour sous l’influence du désespoir devenait encore plus grand et plus pur.

À peine eut-il vu s’accomplir ce mystère de la