Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/171

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— Que disiez-vous de Karénine ? demanda le prince.

— Lui et Poutiatov ont été décorés de l’ordre d’Alexandre Newsky.

— Je croyais qu’il l’était déjà.

— Non, regardez-le, dit le vieillard, en désignant de son tricorne brodé, Karénine en uniforme de cour, qui, avec son nouveau cordon rouge en sautoir, se tenait dans l’embrasure d’une porte avec un des membres très influents du conseil de l’Empire. — Il est heureux et content comme un kopek de plomb, ajouta-t-il en s’arrêtant pour serrer la main d’un bel et athlétique chambellan.

— Il a vieilli, dit le chambellan.

— Les soucis. Il passe sa vie à écrire des projets. Tenez, en ce moment, il ne lâchera pas ce malheureux avant de lui avoir expliqué tout point par point.

— Comment, vieilli ? Il fait des passions. La comtesse Lydie Ivanovna doit être jalouse de sa femme.

— Je vous en prie, ne dites pas de mal de la comtesse.

— Y a-t-il du mal à être éprise de Karénine ?

— Madame Karénine est-elle vraiment ici ?

— C’est-à-dire pas au Palais, mais à Pétersbourg, je l’ai rencontrée hier avec Alexis Vronskï, bras dessus bras dessous, à la grande Morskaïa.

C’est un homme qui n’a pas... commença le chambellan, mais il s’interrompit pour faire place