Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/317

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pas le droit de donner ce que je possède parce que j’ai des devoirs et envers la terre et envers ma famille.

— Permets, tu considères cette inégalité comme une injustice : ton devoir est de la faire cesser.

— Je tâche d’y parvenir en ne faisant rien pour l’accroître.

— Ça, c’est du paradoxe !

— Oui, cela sent le sophisme, confirma Veslovski. Hé ! patron ! dit-il au paysan qui entrait dans la grange, vous ne dormez donc pas encore ?

— Hein ! Quel sommeil ! Mais je croyais ces messieurs endormis, et voilà que je les entends causer. Puis-je prendre un crochet dont j’ai besoin ? Il ne mordra pas ? ajouta-t-il en montrant le chien et avançant prudemment ses pieds nus.

— Et toi, où dormiras-tu ?

— Je vais garder les chevaux pour la nuit.

— La belle nuit ! s’écria Vassenka apercevant à la lumière de la lune par la porte entr’ouverte, un coin de l’izba et le break dételé. Écoutez ! Ce sont des femmes qui chantent, et pas mal ma foi. Qu’est-ce qui chante là-bas, patron ?

— Ce sont les filles d’à côté.

— Allons nous promener, Oblonskï, jamais nous ne pourrons dormir ; allons !…

— Ce serait bien si l’on pouvait se coucher et se promener en même temps, dit Oblonskï en s’étirant. Dormir, c’est très agréable…