Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/376

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pût garder près de sa fille une bonne anglaise d’apparence aussi peu respectable. En outre, après quelques paroles, Daria Alexandrovna comprit qu’Anna, la nourrice, la bonne et l’enfant ne vivaient pas d’une vie commune et que la visite de la mère était quelque chose d’extraordinaire : Anna ne pouvait trouver aucun des joujoux de l’enfant, et, chose étrange, elle ne savait pas même le nombre de ses dents ; elle n’avait pas connaissance de l’apparition des deux dernières dents.

— Il m’est parfois pénible de me sentir inutile ici, dit Anna en sortant, relevant la traîne de sa robe pour ne pas accrocher quelques jouets qui se trouvaient près de la porte. C’était autre chose avec le premier !

— J’aurais cru, au contraire… commença timidement Daria Alexandrovna.

— Oh ! non ! Tu sais que j’ai revu Serge ? dit-elle en fermant à demi les yeux comme pour regarder quelque chose de très éloigné. Mais nous reparlerons de tout cela plus tard… Tu ne le croiras pas, je suis comme une créature affamée devant qui tout à coup on a placé un bon dîner et qui ne sait par où commencer. Le bon dîner, c’est toi et la conversation que j’aurai avec toi et que je ne puis avoir avec personne d’autre. Et je ne sais par quoi commencer. Mais je ne te ferai grâce de rien. Il me faut te raconter tout… Oui, il faut que je te fasse l’esquisse de la société que tu trouveras ici. D’abord