Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/471

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tude, par deux fois elle s’arrêta. Soudain elle se sentit honteuse de son mensonge, et se demanda avec inquiétude comment il la recevrait. Toutes ses susceptibilités s’étaient évanouies et elle ne redoutait plus que le mécontentement de Vronskï. Elle se rappela que depuis deux jours sa fille était tout à fait bien portante, et elle en voulait presque à l’enfant de s’être rétablie au moment même où elle envoyait sa lettre. Mais à l’idée qu’elle allait le revoir, voir ses mains, ses yeux, entendre sa voix, oubliant tout, joyeuse, elle courut à sa rencontre.

— Comment va Annie ? demanda-t-il avec inquiétude en regardant Anna qui accourait vers lui.

Il était assis et le valet lui retirait ses bottes fourrées.

— Beaucoup mieux.

— Et toi ? demanda-t-il en se secouant.

Elle lui saisit les deux mains et l’attira vers elle, sans le quitter des yeux.

— J’en suis bien aise, dit-il, en regardant froidement sa coiffure et sa toilette qu’il savait avoir été mise pour lui.

Ces attentions lui plaisaient ; mais elles lui plaisaient depuis trop longtemps. Et cette expression sévère qu’elle redoutait tant s’arrêta sur son visage.

— J’en suis heureux. Et toi, comment vas-tu ? demanda-t-il en lui baisant la main après s’être essuyé la barbe mouillée par le froid.