Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/87

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ajouta-t-il s’adressant à Golinitchev et faisant allusion à une conversation qu’ils avaient eue et dans laquelle il avait exprimé son peu d’espoir d’acquérir cette technique.

— Oui, oui, c’est remarquable ! répétèrent Golinitchev et Anna.

Malgré l’état nerveux dans lequel il se trouvait, cette observation de Vronskï sur la technique piqua Mikhaïlov ; il fronça les sourcils et le regarda d’un air mécontent. Il avait souvent entendu prononcer le mot technique, mais il ne le comprenait pas très bien. Souvent il avait remarqué, même dans les éloges qu’on lui adressait, qu’on opposait l’habileté technique au mérite intrinsèque de l’œuvre, comme s’il eût été possible de peindre avec talent une mauvaise composition ! Il savait qu’il fallait beaucoup de précautions et de prudence en enlevant le voile pour ne pas nuire à l’œuvre elle-même, mais ici il n’y avait aucune technique. Un enfant ou une cuisinière qui aurait compris ce que lui voyait, aurait pu aussi bien dessiner la même chose, tandis que le peintre même ayant le plus de métier ne pourrait rien peindre avec les seuls procédés techniques, si auparavant ne lui étaient révélé le contenu de son sujet. En outre, il se rendait compte que s’il était question de « métier », il ne méritait plus aucune louange. Dans chacune de ses œuvres il reconnaissait des défauts qui provenaient de l’imprudence avec laquelle il avait enlevé les