Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/115

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domptais ma raison, je me soumettais à la tradition que possédait toute l’humanité ; je m’unissais à mes ancêtres, à ceux que j’aimais, à mon père, à ma mère, à mes grands-pères et grand’mères. Eux et tous ceux qui avaient vécu auparavant croyaient et vivaient, et m’avaient engendré. Je m’unissais aussi à tous ces millions d’hommes du peuple que j’estimais. De plus, ces actions n’avaient rien de mauvais en elles-mêmes (je trouvais mauvais d’être esclave de ses passions). Me levant de bon matin pour aller aux offices, je savais que je faisais bien, par cela seul que, pour humilier l’orgueil de mon esprit, pour me rapprocher de mes aïeux et de mes contemporains, au nom de la recherche du sens de la vie, je sacrifiais mon bien-être physique.

De même, pendant les dévotions, pendant la lecture quotidienne des prières avec les génuflexions ; de même pendant l’observance de tous les carêmes. Ces sacrifices, quelque minimes qu’ils fussent, cependant étaient faits au nom du bien. Je faisais mes dévotions, je jeûnais, j’observais toutes les prières tant à la maison qu’à l’église. Pendant le service religieux, je m’attachais à chacun des mots et leur attribuais un sens, lorsque je le pouvais. À la messe, les paroles les plus importantes pour moi, étaient : « Aimons-nous les uns les autres, et soyons unis dans une même foi. » Tant qu’aux paroles : « Confessons le Père, le Fils et le Saint-Esprit », je les négligeais, car je ne pouvais les comprendre.