Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/162

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faut au seigneur. Michel sait mieux que moi ce qu’il fait ; je ne m’en mêle pas. »

Michel a taillé les chaussures, il prend les morceaux et se met à coudre, non des deux côtés, mais d’un seul, comme pour des sandales. Matriona s’en étonne, mais elle ne veut pas s’en mêler, et Michel continue de coudre. L’heure du repas est venue. Simon quitte sa besogne et voit que Michel a fait avec le cuir des sandales au lieu de bottes. Simon pousse un : Ah ! et pense : « Comment ? Michel qui durant toute une année ne s’est jamais trompé !… quel malheur il vient de faire maintenant ! La marchandise est perdue ; que vais-je dire au seigneur ? Où trouver pareille marchandise ? »

Et il dit à Michel :

— Qu’as-tu fait, mon ami ? tu m’as perdu. Le seigneur m’a commandé des bottes, et toi, qu’as-tu fait ?

Au même instant on frappe un grand coup à la porte. On regarde par la fenêtre, on voit quelqu’un qui attache son cheval à l’anneau de la porte. On ouvre ; le domestique du monsieur entre.

— Bonsoir, patron.

— Bonsoir, que nous veux-tu ?

— Madame m’envoie pour les bottes.

— Les bottes ? Quoi ?

— Oui, monsieur n’a plus besoin de bottes. Il est mort.

— Comment !