Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/196

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souffler. Ivan descendit le perron, aida son fils à enfourcher l’un des chevaux, chassa les poulains, s’arrêta, regarda et écouta. Taraska s’éloignait au galop dans la rue, rejoignant d’autres garçons, et tous sortaient du village.

Ivan resta ainsi quelque temps auprès de la porte cochère, il ne pouvait s’empêcher de se rappeler les paroles de Gavrilo : « Prends garde qu’il ne chauffe pour toi quelque chose de pire. »

« Il est homme à ne pas reculer, pensa Ivan. Il fait si sec maintenant et voilà le vent qui s’en mêle. Il peut se faufiler quelque part en cachette, mettre le feu par derrière ; et après, cherche… Il l’allumera, le brigand, et il aura encore raison… Ah ! si je le pinçais sur le fait, il ne s’en tirerait pas comme cela ! »

Cette idée s’ancrait si profondément dans sa tête, qu’au lieu de remonter le perron, il franchit la porte cochère, gagna la rue et tourna le coin de sa maison. « Je vais aller par là, jusqu’à ma cour ; qui sait ? Il ne faut rien négliger. »

Ivan se mit à longer le mur, d’un pas régulier. Ayant tourné le coin, il regarda le long de la haie et il lui sembla qu’à l’autre coin quelque chose avait remué, quelque chose qui avait surgi instantanément de derrière le mur.

Ivan s’arrête et retient son souffle. Il écoute, regarde : tout est tranquille ; rien que le vent qui agite les petites feuilles des saules, et siffle dans le