Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/203

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Ivan ne dénonça point Gavrilo, et personne ne sut qui avait causé l’incendie. Et le cœur d’Ivan n’avait plus d’amertume contre Gavrilo. Celui-ci s’étonnait qu’Ivan ne le dénonçât point. D’abord il avait peur, puis il se rassura. Les paysans ne se querellaient plus, les leurs pas davantage. Pendant qu’on reconstruisait les maisons, les deux familles demeuraient côte à côte dans la même cour. Quand le village fut rebâti et les cours plus espacées, Ivan et Gavrilo, se retrouvèrent de nouveau voisins ; et ils vécurent tous les deux en bonne intelligence, ainsi qu’avaient fait leurs pères.

Ivan Stcherbakov se rappelait sans cesse les dernières paroles du vieillard, et cet enseignement de Dieu, qu’il faut éteindre le feu à son début. Et si quelqu’un lui fait du mal, il n’en tire point vengeance mais essaye d’arranger les choses ; et si quelqu’un lui dit une mauvaise parole, il ne lui répond pas par une pire ; au contraire, il se demande comment faire comprendre à l’autre qu’il ne faut pas dire de mal ; et il enseigne la même chose aux femmes et aux enfants de sa famille.

Et Ivan Stcherbakov se trouva bien de suivre ces préceptes et vécut mieux qu’auparavant.